A quoi bon parler puisque personne ne m'écoute, à quoi bon utiliser la parole jusqu'à l'user, la parole qui bientôt sera abîmée, rouillée de tant de coups d'épée dans l'eau.
A quoi bon crier puisque personne ne m'entend, à quoi bon hurler ma haine jusqu'aux sommets, d'un cri qui se perdra à jamais dans les hauteurs, qui sera perdu pour eux, qui sera perdu pour moi.
A quoi bon pleurer toutes ces larmes amères de désespoir et de chagrin, à quoi bon laisser ouverts ces jets de larmes qui se perdent et s'évaporent, qui deviennent de l'air, qui ne sont plus que du vent.
A quoi bon tenter encore de réchauffer ces coeurs glacés de jalousie et d'amour, à quoi bon essayer de briser la froide glace autour de leurs coeurs de pierre puisque comme au sommet des pics enneigés, des montagnes les plus belles, des glaciers les plus majestueux, toujours le froid demeure, la glace resserre son étau gelé et la neige poudreuse en apparence étouffe mes pas et m'avale.
A quoi bon ouvrir les yeux qui n'en croisent pas d'autres, à quoi bon laisser s'échapper des regards qui par leurs semblables seront rabaissés, ou qui, les affrontant, découvriront qu'au fond d'eux tout est vide, froid, tunnel. Mort.
A quoi bon écouter ces paroles cruelles qui me tuent mille fois de leur seule existence, à quoi bon me percer les tympans de ces notes cruelles, celles de la méchanceté ou celles de la froideur, à quoi bon écouter ces silences éternels de l'indifférence dont les pointes acérées griffent mon esprit, à quoi bon écouter ces silences pesants de la mort éternelle ou de la fin du monde, qui annoncent de leur vide la défaite.
A quoi bon écrire ces lignes insensées qui ne seront lues par personne, à quoi bon te livrer mon secret à toi, l'inconnu de papier qui ne peut me comprendre, qui pourtant, patiemment, laisse mon stylo gratter sa peau tachée de l'encre de mes larmes.
A quoi bon vivre si l'on ne peut pas parler, si l'on ne peut pas crier, si l'on ne peut pas pleurer, si l'on ne peut pas réchauffer, si l'on ne peut pas ouvrir les yeux, si l'on ne peut pas regarder, si l'on ne peut pas écouter, à quoi bon laisser son coeur battre...
A quoi bon...